La rénovation du PS passera par le droit d'inventaire des années Jospin ou le PS mourra.
Le PS de Martine Aubry s'est donc pris une raclée phénoménale lors du dernier scrutin des élections européennes, le 7 juin 2009.
Alors beaucoup réclament à nouveau des refondations, de nouvelles stations-service - ce qui est assez inquiétant -, des rénovations etc.
Or, il est bien tard. Et le rebond du PS en 2007 aura été nié par ceux-là mêmes qui se désespèrent de sa rechute aujourd'hui.
Alors comment comprendre?
Lionel Jospin avait réclamé un "droit d'inventaire" des années Mitterrand pour espérer lui succéder en 1995.
Certains socialistes comme Ségolène Royal s'y étaient opposés.
Bien qu'ayant promis son retrait de la vie politique au soir de la plus grande défaite du PS face à Chirac et Le Pen, M. Jospin n'aura eu de cesse de tirer les ficelles de Solférino, avec la complicité de François Hollande.
Aucun droit d'inventaire sur les "années Jospin", qui conduisirent à l'élimination du PS au second tour de la présidentielle de 2002, n'aura jamais été consenti.
Et pourtant, on y comptera notamment :
- le laxisme face à la montée du communautarisme (absence de réponse de Jospin lors de l'affaire dite du voile) et l'oubli de la laïcité (la psicine non mixte de Lille-Sud, installée par Martine Aubry, pour que les femmes de confession musulmane aient des horaires spécifiques, en est l'épure la plus caricaturale)
- le renoncement à l'unité de la République (affaire corse et démission subséquente de Chevènement)
- les privatisations sous la houlette de DSK au nom de la "social-démocratie"
- l'impasse sur le problème de civilisation qu'est celui de la montée globale des violences
- l'abandon des ouvriers (dont Pierre Mauroy rappellera avec colère l'existence) et des personnes âgées
(France 3)
- la perte continue de l'électorat populaire à la faveur de classes moyennes qui aujourd'hui votent écolo : les dits "bobos"
- trop peu sur l'écologie comme source de croissance économique
- trop peu sur l'intégration de la jeunesse en voie de déréliction dans certaines banlieues
- incapacité à prendre acte de l'effondrement du PC et de la nouvelle volatilité des électeurs
- éloignement durable du "monde des intellos et des artistes" vers de nouvelles formations ou plus idéalistes ou plus "à gauche"
- non-règlement de la question du leadership au PS après la fausse retraite de Jospin etc, etc, etc.
Sans même parler de la fracture de 2005 sur le Traité de Consitution pour l'Europe, fracture jamais analysée et même déniée.
Même Ségolène Royal, qui avait réussi à enfin lever les tabous idéologiques et retrouver le peuple de gauche en 2007, aura été constamment empêchée et entravée dans sa campagne présidentielle par Lionel Jospin ou par ses anciens ministres régaliens. La rénovation en germe aura été tuée dans l'oeuf.
Le "meurtre politique" de Mme Royal, tenté au congrès de Reims aura ainsi été piloté de loin par le même Lionel Jospin qui alla jusqu'à la comparer à une collaboratrice avec les nazis le soir même du vote.
Le problème d'ailleurs ne fut pas tant celui de l'avenir de Madame Royal mais, politiquement parlant, celui de la moitié des militants socialistes et des idées qu'ils portaient.
Tel était le sens du parachutage lors du congrès de Reims de Delanoë par Jospin pour faire barrage à Royal puis l'appel à une alliance avec Aubry.
Avec Aubry, Fabius, Delanoë, Harlem Désir, Jack Lang ou encore Michel Rocard, on ne reviendrait plus jamais surl'impasse jospinienne, pourtant responsable à mes yeux de l'arrivée au pouvoir de la droite sarkozyste.
Aujourd'hui un abonné du Monde dénonce clairement la responsabilité du dernier Premier ministre dans l'état désastreux du PS au soir des européennes de juin 2009 :
Le Monde.fr, 10 juin 2009
Chronique de Jean-Pierre Bernajuzan
"La politique du gouvernement Jospin était "fausse"
Le 21 avril 2002, je n'ai pas voté pour Lionel Jospin. Je m'apprêtais bien sûr à voter pour lui au 2ème tour. Son élimination au 1er tour m'a complètement surpris et j'aurais voté pour lui dès le 1er tour si j'avais imaginé qu'il pouvait être éliminé. Je pense que mon comportement était très largement partagé.
C'est donc involontairement que nous l'avons éliminé ; notre décision ne relevait d'une volonté délibérée de le sanctionner, mais simplement, inconsciemment, nous attendions autre chose que ce qu'il nous avait apporté pendant 5 ans.
Dès avant 1997, je savais que leur politique était "fausse". Je précise : la vérité sert à appréhender le réel. Quand on se trompe, quand on s'illusionne, quand on ment ou quand on croit, le réel nous échappe et l'on demeure impuissant.
Je savais donc, avant le début du gouvernement Jospin que sa politique était "fausse", qu'elle ne permettrait pas de maîtriser le réel dans lequel nous vivions. Comme personne ne proposait la politique viable, "vraie" que j'attendais, j'ai quand même voté pour eux. Quand personne ne propose la politique que l'on attend, on vote pour son camp.
Je n'ai pas été déçu par Jospin dans son exercice du pouvoir, je n'attendais rien de lui (si l'on est déçu, c'est que l'on s'était fait des illusions). Sa politique était à côté de la plaque certes, mais j'ai apprécié sa façon de gouverner, ça nous changeait de Juppé. J'avais donc à son égard un à priori très favorable.
J'ai assisté à la mise en place de la RTT et, intrigué, je me demandais comment le gouvernement Jospin allait répondre à la demande du corps social de sécurité de l'emploi, face à la montée de la menace de la précarité, et sa conséquence, la désocialisation.
Au bout de quelque temps, je me suis rendu compte, incrédule, qu'il n'y répondait pas, et qu'il n'avait pas l'intention d'y répondre ! La RTT était donc mise en oeuvre - à la place - d'une réponse à la précarité montante. Je ne suis pas certain que cette décision ait été tout à fait inconsciente.
Pourquoi n'ont-ils pas apporté cette réponse ? Parce qu'ils ne la possédaient pas !
Mais nous, nous l'attendions cette réponse, nous l'attendons toujours, nous en avons besoin, nous en avons absolument besoin. Les autres partis non-plus n'ont pas la réponse, ni la droite, ni l'extrême-gauche, ni les écologistes. Les écologistes n'ont pas la capacité d'assumer une telle réponse : on ne leur demande pas.
On n'attend pas de l'extrême-gauche qu'elle apporte quelque solution que ce soit à quelque problème que ce soit. Non, sa fonction consiste à nous alerter sur l'état de souffrance, de désespérance, particulièrement des couches populaires. C'est une très utile fonction de thermomètre ou de baromètre.
La droite détourne la question de l'insécurité sociale vers l'insécurité civile ; mais elle, elle est dans son rôle, la question sociale n'est pas l'exigence première qu'on lui assigne.
La droite a détourné l'insécurité de l'emploi vers l'insécurité civile, tandis que la gauche l'a détourné vers la RTT... Et la précarité progresse et nous mine.
Si le parti dominant de la gauche ne résout pas la question de la sécurité de l'emploi, qui le fera ? Personne ! Si le PS n'est pas capable d'apporter cette réponse, il n'est pas digne d'être le parti dominant de la gauche. Cela ne signifie pas pour autant qu'un autre parti le soit.
S'il manque l'essentiel, tout le reste ne vaut rien
Au soir du 21 avril 2002, Lionel Jospin s'est en quelque sorte senti trahi, comme si notre approbation lui était due. Vexé, il a déserté le champ de bataille, abandonnant ses troupes.
C'est une curieuse conception de la démocratie où il dénie à ses électeurs le droit de ne pas être satisfaits de sa prestation. Cet épisode donne un éclairage cru sur l'enfermement mental dans lequel il vivait.
Le Parti Socialiste n'a jamais fait le point sur le vote du 21 avril 2002. On le comprend, il lui faudrait reconnaître la faillite totale des 5 années du gouvernement Jospin : oui, totale ! S'il manque l'essentiel, tout le reste ne vaut rien.
Pourquoi le PS ne peut-il admettre le désaveu que les électeurs lui a infligé ?
Il faut d'abord se rendre compte que c'est la fine fleur du PS qui était aux commandes, et qui se pensait à juste titre compétente, performante. Cette fine fleur : Jospin, Aubry, Strauss Khan, Fabius, Hollande, Allègre, plus Rocard, etc... , représente l'élite du parti et c'est cette élite qui a été désavouée... à juste titre. Si elle devait être remplacée, ce serait par des... sous-fifres !
Peut-on imaginer cette élite reconnaître ses erreurs et son insuffisance au profit de leurs camarades qu'ils estiment inférieurs ?
On l'a vu avec la candidature de Ségolène Royal, ils l'ont traitée comme si elle avait commis un crime de lèse-majesté. Rendez-vous compte : si elle réussissait où eux ont échoué ?".
On s'étonne que cette réflexion ne soit arrivée plus tôt, au sein même du PS dont M. Hollande était le chef...
Lionel Jospin, porteur d'une politique gestionnaire ayant renié les valeurs républicaines - quitte à donner aux corses le statut de "peuple" -, quitte à faire l'impasse sur la "tranquillité publique" (DDHC), quitte à dire aux ouvriers que l'Etat ne peut rien pour eux, quitte à privatiser à gogo avec DSK, quitte à mépriser le dialogue social avec une 2e loi des 35 heures trop brusquement imposée etc., ce même Jospin aura condamné dans son pamphlet, L'impasse, la remise en cause par Ségolène Royal de tous ces reniements ou ces impensés.
Certes elle avait soutenu Emmanuelli au poste de 1er secrétaire en remplacement de Rocard en 1994, certes elle s'était tojours montrée fidèle à la mémoire de Mitterrand, certes elle avait soutenu la candidature de Jacques Delors aux présidentielles de 1995, certes en 2002 déjà elle pensait qu'au lieu d'une retraite politique, le PS devait rebondir en se refondant : voilà de quoi forger des haines personnelles durables.
Le seul problème est que la politique, aux moments cruciaux, n'est plus affaire de savoir si l'on aime quelqu'un, s'il a été "gentil", s'il "nous revient ou ne nous revient pas", si "nous pouvons la voir ou pas", si nous sommes d'accord en tout ou pas.
Si Rocard avait, après l'avoir affronté, soutenu Mitterrand par amour, cela se saurait...
C'est ce que les "élites" de ce parti socialiste agonisant devraient comprendre et expliquer partout.
Mais on est loin du compte.
A lire aussi sur le sujet et sur Le Post :
Au PS de Martine Aubry, la rénovation intellectuelle passe... par Mme Jospin
Incroyable, la gauche, après avoir fustigé Ségolène Royal, se réapproprie la Marseillaise !
L'auteur du Tout sauf Ségolène? Lionel Jospin!
Le vieux PS a un projet pour la France : éliminer Ségolène Royal
Jospin, Rocard, Delanoë et Aubry ou la revanche du vieux PS?
Ségolène Royal veut transformer le PS, un scoop, une posture? Mon oeil, c'était déjà le cas en 1994!
Une piscine avec des horaires pour les femmes musulmanes? Martine Aubry l'avait déjà fait!
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La motion A du socialiste Bertrand Delanoë fait l'éloge du communautarisme ?
Quand Martine Aubry jetait "les principes républicains" à l'eau de la piscine Lille-Sud
(Sources : Le Post.fr, Leçons républicaines à l'attention de M. Sarkozy, NouvelObs.com)