Retraites : au delà des mots tabous, quel système universel ?

Publié le par DA Six-Fours

Il y aurait beaucoup à dire sur l'histoire des retraites, sur l'origine et la justification de tel ou tel avantage consenti à telle ou telle catégorie. Et il faudra que ce soit dit à un moment ou à un autre avant de tourner la page, parce qu'il est tellement facile de dresser les catégories les unes contre les autres à coup de vérités tronquées.

Mais bon, soit, je veux bien admettre qu'il nous faut évoluer vers un système universel, sans aucun doute plus juste dans l'absolu, mais qui sera bien le seul dans cette société où se développent les inégalités. Car enfin, le modèle qui nous est parfois cité, celui de l'assurance maladie, serait certes universel s'il suffisait à couvrir les dépenses de santé, alors qu'il doit chaque jour un peu plus être complété par les Mutuelles, au seul bénéfice de ceux qui le peuvent. Et que dire des écarts de revenus qui ne cessent de s'accroitre ? A cet égard, il est plaisant d'entendre tous ces donneurs de leçon, chantres habituels du néo-libéralisme et grands pourfendeurs de fonctionnaires et assimilés, réputés feignants et nantis, réclamer à cor et à cri l'égalité des retraites pour tous, eux que le seul mot d'égalité (ils disent égalitarisme) fait habituellement vomir. Et pourquoi pas l'égalité des salaires tant qu'à faire ! Plaisant n'est pas le mot, c'est à pleurer.


Donc revenons à l'idée d'une retraite universelle, à la suédoise, ou bien à points (ce qui ne me paraît pas le bon mot), disons « par compte individuel de cotisations financé par répartition », comme la définit Piketty.

Là tout est à peu près dit dans la définition. Un compte individuel de cotisations c'est une retraite par capitalisation. Hou le vilain mot ! Et de fait, comme Piketty n'a aucune confiance dans les marchés, et on le comprend, pour gérer ces fonds de pension, cette épargne est virtuelle et continue d'alimenter le paiement des pensions en temps réel. Il ne s'agit que d'un mode de calcul et l'Etat se porte garant de la restitution à terme du « capital » virtuel ainsi « économisé ».


L'idée est séduisante, mais si l'Etat dans 10, 20, 30 ou 40 ans est, pour de multiples raisons, en situation de banqueroute (voyez l'Argentine, L'Islande, la Grèce et bien d'autres), ou bien, tout simplement, qu'il décide pour des raisons politiques et dans le but de faire des économies, de ne pas honorer ses engagements... Après tout, c'est ce qu'il a déjà fait à plusieurs reprises, à plus petite échelle, par exemple pour certains régimes complémentaires « garantis par l'Etat », se comportant ainsi comme ne pourrait même pas faire un employeur privé lié par un contrat.


Alors que faire ? Ne faisons pas une religion de la répartition. Elle s'est imposée au départ parce qu'on allait pas attendre 40 ans pour verser la première pension. C'était le seul moyen d'assurer immédiatement une retraite aux travailleurs âgés qui, bien sûr, n'avaient jamais cotisé de leur vie (puisque cela n'existait pas). Et il en a été de même pour chacune des catégories qu'on a progressivement intégrées dans le régime générale : les médecins, les commerçants (qui ne sont pas les derniers à dénoncer un système qui a pourtant financé la retraite de leurs ainés, sans qu'aucune cotisation n'ait été préalablement perçue).


Ne faisons pas d'avantage un épouvantail de la « capitalisation ». Bien sûr, il faut écarter toute tentation de recourir aux fonds de pension, dont on sait bien les multiples ravages qu'ils ont provoqués, tant en exigeant trop des entreprises où ils investissaient, qu'en ruinant leurs propres cotisants par des placements hasardeux. Pourquoi ne pas renouer plutôt avec la saine notion d'  « épargne » et faire gérer ces fonds par un organisme public, indépendant de l'Etat, et qui verrait cette indépendance renforcée et rendue inaliénable, peut-être par une inscription dans la Constitution ? Cela tombe bien, cet organisme existe déjà, c'est la Caisse des Dépôts et Consignation.


Reste la question difficile de la transition avec le système par répartition. Ce n'est pas une mince affaire, au moins tant qu'on a pas franchi la crête du baby boom. Il faudra vraisemblablement procéder par biseau, en conservant un noyau dur, correspondant au minimum vital, financé par répartition, parce c'est bien la vocation de la solidarité d'assurer un minimum vital.

 

Civis

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