Stiglitz a raison. Mais l'euro n'est pas le dollar!

Publié le par DA Six-Fours

Laurent Pinsolle revient sur l'hypothèse d'un euro basé sur le fédéralisme européen, comme le suggère le Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz. D'après le blogueur, cela ne permettrait pas un réajustement monétaire.

Source : Marianne2.fr


Je suis en train de lire avec un grand plaisir le dernier livre du prix Nobel d’économie 2001, « Le triomphe de la cupidité ». Son interview de la semaine dernière dans le Monde a fait grand bruit. Mais si je partage son constat sur l’euro, je diverge sur les solutions…


Une zone euro condamnée à l’échec
Joseph Stiglitz a raison sur deux points fondamentaux. Le premier est que « l’austérité mène au désastre ». Une vague de plan d’austérité est en train de s’abattre sur l’Europe : la Commission Européenne a demandé à la Grèce d’aller plus loin dans ses efforts, le FMI demande à l’Espagne des réformes de son marché du travail et l’Italie vient à son tour d’annoncer des mesures d’économie importantes, après les annonces de la Grande-Bretagne, de la France et du Portugal.

Le prix Nobel d’économie dénonce ce « plan coordonné d’austérité ». Il soutient que si l’UE « continue dans cette voie-là, elle court au désastre. Nous savons depuis la Grande Dépression des années 1930 que ce n’est pas ce qu’il faut faire ». En clair, les dirigeants européens sont en train de suivre la politique de Hoover au lieu de celle de Roosevelt. Il dénonce également le fait que « Bruxelles n’a pas été assez loin en matière de régulation des marchés, jugeant que ces derniers étaient omnipotents ».

Il note également les carences de la construction de l’euro en soulignant que « en adoptant la monnaie unique, les pays membres de la zone euro ont renoncé à deux instruments de politique économique : le taux de change et le taux d’intérêt ». Il souligne également que certains pays européens auraient bien besoin d’une dévaluation, à la manière de ce que l’Argentine a fait au début des années 2000, en rompant le lien avec le dollar, ce qui a permis à l’économie de repartir.

Quelle issue pour la zone euro ?

Curieusement, Joseph Stiglitz ne propose pas un retour aux monnaies nationales, même si l’exemple de l’Argentine plaide clairement pour une telle solution. Il semble proposer une plus grande intégration européenne, une forme de fédéralisme. Il y a sans doute un tropisme étasunien dans sa vision qui lui fait voir l’Europe comme un ensemble proche de son pays d’origine. Il est tout de même curieux que les arguments qu’il avance ne l’amènent pas à une conclusion différente sur l’euro.

En effet, comme il le souligne très bien avec l’exemple argentin, certains pays européens (Grèce, Espagne, Portugal, mais aussi Italie), ont besoin de dévaluer leur monnaie pour faire repartir leur croissance. Et il serait totalement illusoire de croire que seule une dépréciation de l’euro sera suffisante puisque deux-tiers de leur commerce se fait au sein de l’Union Européenne et qu’une baisse de la monnaie unique sera insuffisante pour lutter avec les salaires de la Chine.

En outre, il oublie les problèmes fondamentaux de l’euro, à savoir que c’est la monnaie unique qui a poussé l’Allemagne à adopter une politique de désinflation compétitive sauvage (dont le résultat a été une croissance de 0.8% par an depuis 10 ans). C’est aussi l’euro et ses taux inadaptés qui sont responsables des bulles immobilières espagnole et irlandaise. Enfin, l’euro interdit les ajustements monétaires nécessaires au rééquilibrage nécessaire des balances des paiements.

Merci donc à Joseph Stiglitz pour son constat comme toujours pertinent. Sur la solution qu’il semble préconiser, il faut sans doute la prendre avec des pincettes, en tenant compte du léger biais de présentation du Monde, dont on connaît bien les idées sur la question.

 

Laurent Pinsolle, Les Blogueurs Associés

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Publié dans Crise mondiale

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