L'antiségolénisme passé au clible
L'anti-ségolénisme (ou l'anti-royalisme) se distingue sur deux points essentiels :
1° Sa volonté de nier au peuple la capacité de dresser un diagnostic pertinent sur les difficultés qu'il vit au quotidien et les solutions pour y remédier : ce travail est censé être le privilège des politiques et des experts.
Par conséquent l'anti-royalisme dénonce le concept de la démocratie participative qui consiste à donner la parole aux citoyens et à fonder les décisions politiques en fonction de leurs revendications. Il assimile cela à du populisme qui constituerait un danger contre la démocratie représentative.
On remarquera à ce propos que les plus farouches adversaires de Ségolène Royal au Parti socialiste sont tous des gens au style technocratique et très éloigné du peuple : Jospin, Fabius, Delanoë, Aubry, Hamon.
Ces gens sont profondément convaincus que le peuple manque de bon sens et que lui laisser dicter le choix des politiques serait une pure folie. Ils pensent qu'il faut des intermédiaires possédant une sorte de science infuse pour filtrer les demandes populaires et canaliser des éventuels ‘'débordements''. En d'autres termes, on veut bien gouverner pour le peuple, mais pas avec le peuple. Et moins on donnera la parole au peuple mieux c'est. Et tant pis si les représentants du peuple ne sont pas toujours en phase avec ce dernier.
Dès lors l'idée de Ségolène Royal de vouloir construire un parti populaire - dont l'adhésion à 20€ favoriserait une invasion des ‘'sans culottes'' issus des banlieues - et de pratiquer la démocratie participative au PS en associant les adhérents aux choix politiques et stratégiques du parti, ne peut que les révulser. Oser mettre le militant de base et le dirigeant sur le pied d'égalité, quel crime de lèse-majesté ! Un militant ça tracte et ça colle les affiches, tandis qu'un chef ça réfléchit et ça fixe la ligne. Il est inconcevable que les deux choses puissent être compatibles.
Il y a donc d'un côté un socialisme qui entend se rapprocher des gens, en renouant avec son humilité originelle, et de l'autre un socialisme élitiste qui se méfie instinctivement du peuple parce qu'il ne sait pas parler son langage, ne comprend ses crises d'humeur, se borne à l'idéaliser en vouloir en faire une entité de gens bien sages et obéissants. Un socialisme de pure façade, à l'opposé de ce qui fait son essence : le lien particulier, charnel, sentimental qui l'unit au peuple.
2° Son refus farouche de considérer que l'émotion puisse jouer un rôle dans les convictions politiques.
L'anti-ségolénisme part du principe que c'est la raison qui détermine le choix politique d'un individu, pas ‘'son cœur''.
La politique serait donc quelque chose d'éminemment ‘'froid'' où les sentiments ne doivent jamais avoir droit de citer.
Aussi les plus anti-Royal ne comprennent pas l'enthousiasme quasi mystique qu'elle suscite chez certains militants socialistes et lui reprochent ses discours ‘'télévangéliques'', en contradiction complète, selon eux, avec ce qu'est censé être le socialisme.
Ils oublient tout simplement que la raison (la tête) va de pair avec l'émotion (le cœur) et qu'on ne saurait les dissocier. En 2002, Jospin était d'une froideur absolue, pensant que la rationalité de son discours suffirait à lui donner les suffrages qui le feraient gagner. Résultat : les classes populaires, celles qui aiment qu'on les prenne par les ‘'tripes'', l'ont désertées, préférant des personnalités plus ‘'chaleureuses'', moins désincarnées comme Chirac et Lepen.
Ils oublient que l'élection présidentielle sous la Vème République, c'est la rencontre entre un homme et le peuple. Ne peut être président celui qui ne parvient à pas se faire ‘'aimer'' du peuple. Et l'amour du peuple ne peut être cantonné dans la seule sphère de la raison et de la rationalité. De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy ont su suffisamment se faire ‘'aimer'' du peuple pour être élu à sa tête. Le peuple les a d'abord choisi sur leurs qualités personnelles avant de se prononcer sur leurs programmes. Royal ne fait que s'inscrire dans cette logique. On remarque d'ailleurs que la victoire de Martine Aubry au poste de premier secrétaire n'a suscité aucun enthousiasme, aucune ''émotion'' particulière''.
Conclusion: l'antiségolénisme est avant tout le fait d'une élite laquelle, en cherchant à ''rationaliser'' sa détestation à l'égard de l'ex candidate, dévoile tout le côté émotionnel qui le dicte.
Par Pusiher le 15/12/2008